vendredi 18 septembre 2009

Escale à Gorée : La mémoire de l’esclavage

Gorée. Un bout de terre perdue dans l’immensité du grand bleu. Mais alors, quelle grande histoire !  On l’appelle, d’ailleurs, l’île mémoire. Deux chaloupes relient Gorée au reste de la terre. Ce jour là, nous tombons sur le Coumba Castel, du nom d’une déesse des océans, génie protectrice des eaux.

Un voyage en chaloupe, c’est une ballade sur l’eau. La chaloupe n’est jamais pressée…elle glisse, s’approche doucement de l’île. Le Coumba Castel  guette. Au loin, ce festival de couleurs qu’est l’architecture de l’île régale l’œil. Vingt minutes plus tard, elle accoste sur la rade de l’île.

A Gorée, chaque rue, chaque maison est livre d’histoire. L’île  est classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Pendant, quatre cent ans, Gorée a été la plaque tournante du commerce des esclavages. C’était la dernière escale avant le départ pour l’Amérique pour ces hommes et femmes venus de l’arrière pays des côtes africaines. Ils transitaient,  dans des cachots,  enchainés.

Aujourd’hui, l’une d’entre elle, est un grand musée de la traite négrière : la Maison des esclaves. Ces cellules minuscules et ses chaînes, rouillées, fissurées par le temps témoignent encore des conditions atroces de détention. La cour donne, tout au bout, sur une porte face à l’océan. Une fois franchi, les esclaves embarqués dans les bateaux. Direction l’Amérique. Pour toujours. Elle était appelée, la porte du non retour. 

La Maison des esclaves est devenue un lieu de pèlerinage surtout pour les Afro-américains. Ils  viennent prier et se poster devant la porte du non retour.  Ici, tout le monde à en mémoire, les larmes du révérend Jesse Jackson debout face à l’océan  ou de la frêle silhouette de Mandela accoudé à la porte, pendant de longs instants.

La Maison des esclaves est orpheline depuis deux ans. Son conservateur légendaire Joseph Ndiaye est décédé. Un personnage, haut en couleur, haut en verbe. Tous les jours, il rappelait aux centaines de visiteurs, ce qu’était l’innommable. Son récit arraché des larmes. Aujourd’hui, le jeune Eloi a repris le flambeau avec talent. Et la vie va. Gorée, aujourd’hui, perpétue la mémoire de l’esclavage. Mais n’oublie pas de vivre intensément son présent. L’île est devenue le refuge de dizaines d’artistes. Musiciens à chaque bout rue, peintres squattant des bâtisses en ruine  

en attendant la gloire. Ils règnent un petit air de la bohème.

Dans les halls des grands maisons, autrefois propriété des commerçants d’esclaves, des mômes jouent, rient, passent, courent…Sans se soucier du temps qui passe.  Eternelle Gorée !

 

Ousmane Ndiaye  Photos : Fanck Vibert

 

mercredi 16 septembre 2009

Latitudes 2009, les outremers à l’honneur

Presque un rendez-vous. Chaque année depuis 2002, l’exposition Latitudes s’invite à l’Hôtel de Ville de Paris. Jusqu’au 16 octobre, elle rend hommage à “la diversité et la vitalité de la création artistique” des outremers. Coup de projo sur dix artistes, réunis pour une expo collective.


Des graffs de Kreativ Concept aux sculptures de Duvier Del Dago, en passant par les dessins et photos de David Gumbs, Latitudes 2009 met en lumière des oeuvres originales, loin de tout formatage. Lien entre ces créateurs? “Ce sont tous de jeunes artistes", souligne Régine Cuzin, commissaire de l’exposition. Une chose (très) rare dans le monde de l’art contemporain.

Egalement loin des clichés : les thèmes abordés. “Lorsqu’on parle des artistes d’outremer, on attend qu’ils présentent des palmiers ou des vahinés, ou bien qu’ils parlent d’esclavage, de colonialisme et d’identité, regrette Régine Cuzin. Un ghetto artistique dans lequel ces artistes n’ont pas l’intention d’être enfermés! “Ils parlent de leur imaginaire, souligne la commissaire. Parfois avec humour et dérision, comme en témoignent les travaux de Gabrielle Manglou. Ils n’évoquent ni colonialisme ni esclavage, ou alors de façon éludée, plus légère. Même s’ils n’occultent pas ces questions, on sent une volonté de dire autre chose, de s’inscrire dans une universalité”.


Monica Ferrera, par exemple, interroge le pouvoir des images sur notre imaginaire, en particulier chez les enfants des classes défavorisées. Le cubain Duvier Delgado, lui, cherche à confronter l’homme à lui-même à travers ses sculptures en fils de coton. Des œuvres et des artistes qui méritent d’être connus. “Il n’y a pas de marché de l’art en outremer, rappelle Régine Cuzin, mais un intérêt du marché de l’art pour l’outremer! C’est bien la question : sur ces petites îles, il n’y a pas ou peu de galeries”. Pas toujours simple donc d’être artiste, de transporter des oeuvres ou de faire venir mécènes et acheteurs, quand on habite à 22h d’avion de la métropole!

D’où l’intérêt de Latitudes. “Suite aux précédentes éditions, certains artistes ont monté des projets ensemble, certains ont été invités à la Biennale de Venise”, raconte l’organisatrice. Autre point fort, Latitudes aime voyager. Après Paris, l’expo s’envolera vers d’autres horizons. Prochaine étape? “L’école des Beaux Arts de Besançon, confie Régine Cuzin. Après nous verrons bien… Pour l’instant, je m’occupe encore de l’itinérance de la dernière édition. Après Nouméa, La Havane, le Panama, elle sera en novembre en Guadeloupe puis à la République Dominicaine”.

Aurélia Blanc

Latitudes 2009, jusqu'au 16 octobre, Hôtel de Ville de Paris. Entrée libre. 


PORTRAITS :

KREATIV CONCEPT – Teata et Tehapa Vauche (Polynésie Française)

"Beaucoup imaginent que le graffiti est un truc de voyous. Face à cette marginalisation, on a créé une association pour que les jeunes puissent travailler et s’exprimer sans que la police soit derrière eux! C’est toujours difficile, mais petit à petit, ça se met en place. On essaye de faire naître un mouvement. On insère des éléments polynésiens, comme le tribal, les tikis (dieux polynésiens), la danse, la sculpture, les tatouages. Dans notre collectif, chacun a sa spécialité : décor, lettrage, personnages… Nous avons peint la première partie de la fresque exposée à Latitudes à Tahiti, à six ; la deuxième à Paris: une façon d’être tous présents! Notre message: la Polynésie existe dans le graffiti!"


YOHANN QUËLAND DE SAINT PERN (La Réunion)

"J’identifie des actions que j’ai envie de mener, comme traverser un pont le plus lentement possible ou marcher à reculons dans un désert. Il s’agit souvent d’un mouvement, d’une promenade, d’un geste absurde ou décalé. Vient ensuite l’idée de la filmer. L’oeuvre que je présente à Latitudes est un ensemble de portraits vidéo de Gramoun’ (des personnes âgées qui habitent un quartier précis de St Benoît). J’ai enregistré leurs témoignages, puis je les ai filmés en train d’écouter leurs paroles les yeux fermés. Résultat : une installation de neuf portraits, à travers laquelle le public peut circuler. Je voulais créer une image du souvenir. Quelque chose d’assez expérimental, une tension entre le son et l’image."


GABRIELLE MANGLOU (La Réunion)

"Je vois les choses de manière assez primitive, poétique. Ma première installation, Vaudou Big Band, présente des formes entre l’organique et le végétal. On ne sait jamais si ce sont des organes, des fleurs, des fruits. Lorsqu’on regarde quelque chose, on n’est jamais très sûr, toujours en train de se balader entre ce qu’on sait des choses, et notre univers personnel. Il y a toujours un côté décalé, de l’ordre du pile ou face. On ne sait jamais si c’est drôle ou pas, dangereux ou non. En général, il y a plusieurs sens de lecture. On peut en saisir la face ludique comme celle plus grave, qui évoque les difficultés de la vie."


DAVID GUMBS (Guadeloupe)

"J’ai une démarche assez hybride de peintre, plasticien, photographe, poète. Je travaille aussi beaucoup sur Internet, avec des tableaux interactifs. Dans le cadre de Latitudes, je présente un dessin mural, qui fait partie de ma démarche « d’archéologie mentale ». Les photos présentées sur l’installation font partie d’une série nommée « Ecorché », jeu de mot entre écorce et écorché. Jusqu’à maintenant, mes créations renvoient beaucoup au vivant, au cycle de la vie, aux questionnements sur l’origine. Au fil de mon travail, des formes se dessinent ; ce sont souvent des accidents provoqués, issus d’errances au Japon, à Saint-Martin, à la Martinique…"

STEPHANIE WAMYTAN (Nouvelle-Calédonie)

"Je détourne des objets traditionnels, en leur donnant un aspect plus contemporain. Sur les bambous, qui véhiculent habituellement des éléments tribaux de la culture Kanak, j'ai reporté des scènes érotiques. Une façon de traiter de la sexualité sur un élément traditionnel, sans pour autant y manquer de respect. J'ai aussi travaillé sur la « robe mission », un signe identitaire fort de la culture Kanak. J'ai créé des robes sur lesquelles j'inscris des motifs (billet de banque calédonien, reprise du drapeau indépendantiste Kanak). D'origine Kanak, je vis à l'occidentale : je puise dans le traditionnel pour en ressortir une réponse plus contemporaine. Ma façon de revendiquer mon identité."

Contrôles d'identité : "la dignité des gens ne doit plus être bafouée"

A l'heure où l'on parle de dialogue entre la police et ses concitoyens, et où le premier flic de France se permet des vannes racistes en public, Binod, entrepreneur d’origine népalaise de 43 ans, s’est retrouvé menotté en public suite à contrôle d’identité. Témoignage.

"Mercredi, 8h45, métro Charenton-Ecoles (94).“Vos papiers, contrôle d’identité”. En route pour le travail, je réponds avec courtoisie aux trois policiers. Ils me fouillent, ainsi que mon sac de sport : rien de suspect. Comme je n’ai pas mes papiers sur moi, je donne ma carte de transport, avec nom, prénom, adresse et date de naissance. Pendant que le chef s’en va vérifier mon identité, les deux autres policiers me questionnent: lieu d’habitation? Activité professionnelle? “Je suis entrepreneur, résident français depuis vingt ans, ancien combattant de la Légion étrangère”. Quand le chef revient, son attitude est différente, plus dure: “on ne vous trouve pas dans nos fichiers, vous allez nous suivre au commissariat”. Un collègue ajoute: “on doit vous menotter”. Je ne suis pas armé, je n’ai pas enfreint la loi: les menottes sont-elles indispensables? “C’est la procédure…”  Pas le choix. J’étais dans mon quartier, à l’heure de pointe, il y avait plein de monde. Quelle différence si on avait trouvé une bombe dans mon sac? Aucune.

Une fois dans la voiture, je leur fait remarquer qu’ils n’étaient pas obligés de me menotter. Réponse : “Peut-être qu’au Népal, ça se passe autrement, mais ici on est en France, et ça se passe comme ça!" Arrivé au commissariat, je me retrouve menotté à un banc, avant d’apprendre que je suis libre, dix minutes plus tard. C’est pourtant avec la même carte de transport qu’ils ont vérifié mon identité ! Pas un mot d’excuse. “On ne vous avait pas trouvé, se contente de dire le chef. C’est pour votre sécurité qu’on vous a emmené. Ca fait partie du métier, c’est la routine”.
 
Pour un individu lambda, les menottes ne font partie de la routine! Elle doivent être le dernier recours. Dans mon cas, elles ne se justifiaient pas. Même si ça ne dure que dix minutes, tous les regards sont braqués sur vous: chacun peut imaginer n’importe quoi. La dignité est bafouée. Jusqu’à ce matin-là, j’avais du respect pour la police. Désormais je ne me précipiterai pas pour les aider. Quant à “ma sécurité”, je trouve plus supportable de se faire cambrioler que de voir sa dignité bafouée en public! Dans un vol, on a toujours l’espoir de retrouver ses biens ou de faire marcher l’assurance… mais avec sa dignité, on perd l’estime de soi. Ça peut détruire une personne.
 
J’ai commis une erreur en oubliant mes papiers, j’ai été puni sévèrement. Mais les policiers ont aussi fait une erreur : ils ne m’ont pas trouvé dans leur fichier, malgré l’exactitude des informations. Eux ne sont pas punis! Mon devoir de citoyen, c’est d’en parler : je ne réclame ni excuses ni argent, mais cela ne doit pas se reproduire. Il faut que la dignitié des gens, même pauvres ou étrangers, soit respectée."

Recueilli par Aurélia Blanc
 

CONTROLES AU FACIES : RAPPORT D'ENQUETE

Un rapport scientifique paru en juin 2009 prouve l’existence de contrôles au faciès discriminatoires au sein de la police, et tire la sonnette d’alarme.
 
2007, la fondation américaine Open Society Justice Initiative entreprend la première étude scientifique sur l’existence de contrôles au faciès au sein de la police. Menée par Fabien Jobard et René Lévy, chercheurs au CNRS, l’étude a eu lieu à Paris. Zones ciblées : le périmètre de la Gare du Nord et de la station Châtelet-les-Halles, deux sites très fréquentés et marqués par une forte présence policière. Deux ans et 500 contrôles plus tard, les resultats sont rendus public.
 
Conclusion : “les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence” des gens, non sur leur comportement. Les personnes noires ou magrébines “ont été contrôlées de manière disproportionnée” par rapport aux blancs. Selon les endroits, les maghrébins courent entre 2 et 15 fois plus de risques d’être contrôlés ; les noirs, eux, courent entre 3 et 11 fois plus de risques que les blancs d’être soumis à un contrôle.
 
Outre l’âge (les jeunes sont davantages visés) et le sexe (on contrôle surtout les hommes), un autre facteur s’avère determinant : le style vestimentaire. Les individus portant des vêtements liés à la “culture jeune” (hip-hop, tektonik, punk, gothique) “ne forment que 10% de la population, mais constituent jusqu’à 47% de ceux qui ont été contrôlés”. Selon le rapport, “en visant des personnes à cause de ce qu’elles ont (ou ont l’air d’être) et non à cause de ce qu’elles ont fait ou font, les policiers perpétuent les stéréotypes sociaux et raciaux. L’attention accrue que la police accorde à certaines personnes peut entraîner une augmentation des conflits avec le police, lourds de conséquences”.
 
Pour lutter contre le délit de faciès, le rapport soumet plusieurs propositions. Exemple : reconnaître publiquement le problème, enregistrer systématiquement les contrôles d’identité sur un formulaire, ou exiger des policiers qu’ils expliquent les raisons du contrôle à la personne concernée, et l’informent sur les droits et responsabilités de chacun.

Aurélia Blanc
 
 

CONTROLE D'IDENTITE : QUELS DROITS FACE A LA POLICE?


Doit-on tout accepter en cas de contrôle policier, que peut-on refuser? Petit tour d’horizon.
 

Qui peut se faire contrôler? Tout le monde!
 
Par qui? Policiers, gendarmes et douaniers uniquement. Les vigiles ou agents de la SNCF-RATP n’ont pas à exiger vos papiers d’identité. En revanche, il peuvent demander vos nom et adresse, et se faire assister pour cela par la force publique. Attention : en cas d’infraction, les agents de la RATP, de la SNCF et de la police municipale ont le droit de vous contrôler.
 
Peut-on refuser un contrôle? Non. “Toute personne se trouvant sur le territoire national doit accepter de se soumettre à un contrôle d’identité”, dit l'article 78-1 du code pénal. Un refus est passible d’amende et d’emprisonnement.
 
Comment justifier son identité? La carte d’identité n’est pas obligatoire. On peut justifier son identité par tout moyen: passeport, permis de conduire, carte de sécurité sociale et même appel à témoignage! Les étrangers doivent aussi prouver la régularité de leur séjour en France (passeport, visa, carte de séjour), sauf s’ils sont mineurs. Les ressortissants suisses ou de la communauté européenne doivent présenter une carte d’idendité ou passeport. Pas besoin de visa, sauf pour les Bulgares et les Roumains travaillant en France.
 
Menottage ? Seules les personnes jugées dangereuses pour elles-mêmes, pour autrui, ou susceptibles de prendre la fuite peuvent être menottées (art. 803-1 du code pénal).
 
Combien de temps ? En cas de refus ou d’impossibilité de prouver son identité, la police ou la gendarmerie peut retenir la personne sur place ou dans ses locaux au maximum quatre heures. 
 
Droit de prévenir quelqu’un ? La personne peut faire prévenir le procureur de la République, sa famille ou toute personne de son choix. Pour un mineur : le représentant légal (père, mère ou tuteur) doit être averti avant toute vérification, et doit, sauf impossibilité, l'assister. Le procureur de la République doit être averti. (art 78-3 du code pénal)
 
Fouille? Un agent de police du même sexe que vous est autorisée à effectuer « une palpation de sécurité » à travers les vêtements. Vous n’avez pas à vous déshabiller !
 
Prise d’empreintes? La prise d'empreintes digitales ou de photos ne peut être faite que sur autorisation du procureur de la République ou du juge d'instruction, et si elles constituent l'unique moyen d'établir l'identité de la personne (art. 78-3 du code pénal).
 
Quelles traces du contrôle d’identité ? La vérification d'identité doit donner lieu à un procès-verbal. Chacun peut refuser de le signer, ou en demander une copie. Si le contrôle ne débouche sur aucune procédure judiciaire, les informations ne peuvent être conservées par les autorités et doivent être détruites dans les 6 mois (art. 78-3 du code pénal).

Voir les textes de loi

 

mardi 15 septembre 2009

Art contemporain : Dtone et ses Black Virgins

Dtone fait partie de cette nouvelle génération d’artistes qui proposent une nouvelle direction à la peinture. Ses œuvres questionnent le regard que nous posons sur les choses. En septembre 2009, il expose à Paris ses « Black Virgins » ; une exposition empreinte de spiritualité qui bouleverse les codes établis. Rencontre.

Quelques mots sur ton parcours artistique et ta rencontre avec l’agence Bothsides Creative ?

Dessinateur autodidacte dès mon plus jeune âge, j'ai découvert le tag et le graffiti au cours de mon adolescence. J'ai ensuite suivi des études de dessin publicitaire, puis de narration figurative. Par la suite, j'ai travaillé comme assistant de production dans le dessin d‘animation. En parallèle, dès 1992, j'ai commencé à réaliser mes premières peintures sur toile. J'ai rencontré l’agence Bothsides Creative par le biais du peintre Yann Couedor, qui leur a parlé de mon travail et m a présenté à eux.

Quelles sont tes principaux centres d'intérêt en termes d’art, de musique ou de culture ?

Je suis un artiste à double facette, à la fois peintre et chanteur : je chante ce que je peins, et je peins ce que je chante ! Mes goûts et mes influences sont à l’image de ce qui nous entoure : multiples et divers ! Le dessin anatomique, le nu, le graffiti, le pop art, l’iconographie éthiopienne, les vitraux, et surtout le mélange des genres : blues, reggae, soul, opéra, hip hop, uk grime...

Qu’est-ce que l’Afro Iconographic Art : un mouvement ?

Cette expression synthétise mon travail : "Afro" pour la couleur des personnages, "Iconographic" pour le style, "Art" pour le mode d’expression.

“Black Virgins” ?

Cette exposition, qui se tient jusqu'au 18 octobre 2009 à la galerie Absoluty (Paris), est un hommage aux femmes et à la féminité. C'est aussi le rappel d’un pan de l’histoire, bien souvent passé sous silence. La première toile que j’ai réalisé sur le sujet date de 1994 ; c est pour moi une source d inspiration intarissable. J'y reprends l'esprtit de la technique du vitrail - dans les lignes, la séparation des couleurs et les transparences. Les camaïeux et les clairs obscurs sont réalisés a la bombe aérosol et à la peinture acrylique. Ma vision est imprégnée de spiritualité, et non de religion. Je travaille sur le regard qu’on pose sur l’image, le pouleversement des codes établis et le questionnement que cela procure.

Ne crains-tu pas de choquer en bousculant certaines références religieuses et culturelles très ancrées dans l’inconscient des gens ?

L artiste propose,le public dispose... Mon travail est une chose, l’histoire en est une autre. Le culte des vierges noires "déesses mères" fait partie de notre patrimoine historique. Par mes oeuvres, je propose aux gens de se poser des questions, de compléter ce qu'ils croient savoir. L’histoire appartient à tous. Michel Ange, comme d’autres avant et après lui, a donné un visage et une apparence à des personnages bibliques et historiques. Ses tableaux ont forgé et défini notre héritage culturel et l’idée que nous nous en faisons de ces personnages - à tort ou à raison. En tant qu’artiste, je ne fais que perpétuer cette tradition.

Comment te positionnes-tu par rapport au Street Art, devenu la tendance des grandes galeries d’art ?

Qu’il soit street, pop, ou autre, l’art reste de l’art, et un artiste reste un artiste. Les tendances se font et se défont. S’il faut que le "street art" devienne tendance pour être vu de toutes et de tous, et bien soit !

Ton rapport à l’univers de la mode ?

J’ai eu l'occasion de collaborer avec certaines marques, comme Agnès B. Pour moi, le vêtement est un support et un vecteur de diffusion supplémentaire.

Quelle relation entretiens-tu avec le monde numérique, Internet et les réseaux sociaux ?

Ce sont des outils indispensables pour la visibilité et le relationnel. Les réseaux sociaux me permettent de partager et de diffuser les images de mon travail dans le monde entier, mais aussi de discuter et de travailler avec des gens que je n aurais sans doute jamais rencontrés autrement.

Ton moteur aujourd'hui?

Être moi-même. Ne pas suivre la mode, mais regarder la mode nous suivre !

Par Karim Farès

Défi’stival : des différences aux ressemblances

Prenez une quinzaine d'activités sportives, de la danse, beaucoup de musique, des animations culturelles, saupoudrez de convivialité, de solidarité et d'échange. Mélangez le tout. Le Défi'stival est servi ! Rendez-vous le 19 septembre à Paris, sur le Champ de Mars, face au Mur de la Paix, pour cette journée de fête et de rencontres, réunissant valides et handicapés.

«Le Défi’stival célèbre la diversité dans sa globalité, explique Ryadh Sallem, fondateur de l'événement. Le handicap est quelque chose de transversal. Quelle que soit sa nationalité, son âge, sa religion, son orientation sexuelle, tout le monde peut y être confronté, rappelle le champion d’Europe de basket en fauteuil. Notre but : promouvoir la mixité dans toute sa splendeur ! Faire la fête gratuitement, simplement. Se rassembler et partager, sans exclusion». Autre objectif de la manifestation: «Saluer le travail des acteurs associatifs, institutionnels et économiques, qui travaillent tous les jours pour mettre en avant la diversité et lutter contre les discriminations».

Au programme: démonstrations et initiations sportives accessibles à tous. Plus de quinze disciplines au total! «Avec l’objectif de promouvoir la pratique sportive des personnes handicapées mais aussi de favoriser la mixité dans le sport. Entre personnes en situation de handicap et valides». En parallèle, des expositions de photographes, peintres et sculpteurs, des animations culturelles et musicales, et un grand défilé dans les rues de Paris. Cerise sur le gâteau : de 19h à 21h, un concert au pied de la Tour Eiffel. Le suspens reste entier quant aux artistes programmés… Dixit Ryadh: "Pour le découvrir, il faut venir!"

Le 19 septembre 2009, de 11h à 21h, Paris, Champ de Mars.
www.defistival.org


Le Défi’stival soutient la Marche mondiale pour la paix et la non-violence

Tous les ans, le Défi’stival met à l’honneur une démarche honorable. Cette année, l’équipe a choisi de saluer La Marche mondiale pour la paix et la non-violence. Le 2 octobre prochain (date anniversaire de la naissance de Gandhi, déclarée “Journée internationale de la non-violence” par les Nations Unies), la Marche mondiale partira de Wellington en Nouvelle-Zélande et s’achèvera dans la Cordillère des Andes (Punta de Vacas, Aconcagua, Argentine) le 2 janvier 2010. Des centaines de personnes de toutes nationalités parcourront plus de 160 000 km à travers les 5 continents. Dans un seul but : dénoncer la situation mondiale dangereuse liée à la prolifération des armes nucléaires et rendre la parole aux citoyens du monde qui rejettent les guerres et la violence.

Plus d’infos : www.theworldmarch.org
M.A.

vendredi 11 septembre 2009

Dieu & Moi : convertis, et alors?

Élevés dans une religion ou dans l’athéisme, ils sont de plus en plus nombreux à changer de cap. Parcours de convertis.

« Une force et une grande douceur. J’ai compris que Dieu avait toujours été là, même si je ne le savais pas. » Florence est née à Monaco où le catholicisme est religion d’État. Baptême, catéchisme, communion, elle fait tout, comme tout le monde. Ado, c’est le reniement : elle se déclare athée. Jusqu’à ce jour, dans cette chapelle. Elle a alors dix-sept ans. « Je regardais les gens prier face à ce qui n’était pour moi qu’un bout de pain. J’ai alors senti une présence. »

Cet élément déclencheur, tous les convertis l’évoquent. Le père Bertrand Derville, responsable de baptêmes d’adultes, parle de « témoins ». « Un Abbé Pierre, une Mère Teresa, un Gandhi, un Luther King… Ou son voisin de palier. » Aïssa a grandi sans religion avant de se convertir à l’islam. Pour lui, le déclic vient d’un ami rencontré au Mali. « Il n’a jamais cherché à me convaincre. Il m’a donné l’envie de m’intéresser à sa religion, de lire les textes, de me rendre à la mosquée. Et finalement j’ai dit la chahâda. »

La chahâda, premier pilier de l’islam, profession de foi des musulmans : attester qu’il n’y a d’autre divinité que Dieu, et que Mohammed est son prophète. « Quelque chose d’émotionnellement très fort, raconte AbdarRahman. C’était un vendredi, la mosquée était pleine. Les fidèles ont fait des vœux pour moi, ils m’ont souhaité la bienvenue. » Le jeune homme, aujourd’hui étudiant en droit à Nanterre, a grandi au Cameroun, dans un pays multiconfessionnel. Il ne reçoit aucune éducation religieuse mais le nom de Dieu revient dans le quotidien. Dès son arrivée en France, il s’intéresse à ces questions. « Je me disais déiste, s’amuse-t-il, je ne comprenais pas la différence entre les religions. Les personnages, la Genèse, la fin du monde, tout se ressemblait. Je me suis tourné vers la plus récente : le Coran confirme la Thora et les Évangiles, en apportant une législation plus moderne. »

Le mouvement des conversions ne se résume pas à l’attraction pour l’islam. Pour le judaïsme, le chemin est long, deux ans grand minimum. Lettre de motivation, programme d’enseignement, examen écrit, grand oral devant un beth din (trois rabbins) : le candidat doit faire la preuve de sa bonne foi et peut à tout moment être recalé. Il a fallu cinq ans à David pour être reconnu. Une mère catholique, un père absent, c’est son prénom qui aura été le vecteur de sa démarche. « Je me disais : si on m’a appelé David, c’est peut-être un signe »… Sa mère éclate de rire : « Pas du tout... C’était à cause d’une chanson de Sylvie Vartan intitulée Le roi David ! »

Les catholiques lisent les Évangiles, prient, rencontrent des chrétiens. Et sont ainsi accompagnés vers le baptême « qui a toujours lieu la nuit de Pâques, raconte le père Derville. C’est la célébration d’une vie nouvelle. Ils deviennent des catholiques à part entière ».

« Pour prendre la mesure du phénomène, estime Danièle Hervieu-Léger [1], membre du Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux, il faut aussi considérer tous ceux qui, inscrits dans une famille religieuse dès leur naissance, décident, devenus adultes, d’endosser volontairement une identité demeurée jusque-là purement nominale. » Ces convertis un peu particuliers disent leur frustration de ne pouvoir exprimer ce retour par un acte fort. « Dans la religion catholique, il y a le sacrement de la réconciliation, nuance le père Bertrand. Mais devenir ou redevenir chrétien ne se résume pas à des célébrations, c’est acquérir une dimension nouvelle. »

Le converti serait-il plus fidèle ? « Ce n’est pas ça qui fait le fidèle, estime AbdarRahman. Seuls l’apprentissage, l’approfondissement et la réflexion confèrent de la force à la foi. » Florence confirme : « On nous renvoie trop souvent aux erreurs et aux positions de l’Église pour ne pas devoir se faire sa propre idée. Suivre une religion demande une vraie démarche. »

Laisseront-ils leurs enfants avoir une démarche personnelle ? « Le Coran dit : “Tu ne peux pas contraindre quelqu’un à croire. Seulement à prendre les attributs de la foi”, répond AbdarRahman. S’ils se détournent de l’islam, ce sera une épreuve. » Que sa foi lui permettra certainement de surmonter.

TEMOIGNAGE : CONVERTIE AU BOUDDHISME

« Ratna, c’est le nom que m’a donné mon guide spirituel. Avec le bouddhisme, je suis devenue une nouvelle personne. Je me suis rasé les cheveux pour ne pas plaire aux garçons ! Non, je plaisante : en fait, se raser c’est renoncer. Le mot fait peur, mais ça veut simplement dire qu’on ne croit pas que le bonheur puisse venir de l’extérieur...

Souvent les gens pensent qu’en ayant le bon job, les bons amis, trois enfants et une voiture, on est heureux. Avec le bouddhisme, tout est prétexte à travailler sur soi pour parvenir à abandonner tout ce qui nous fait mal : colère, jalousie, orgueil… On apprend à pacifier notre esprit. Mais ce n’est pas facile parce que notre égoïsme est très fort. »

Recuelli par Rym Nassef - Janvier 2009

jeudi 10 septembre 2009

"Mon cas d'école" : l'Education Nationale au vitriol

L’heure de la rentrée (littéraire) a sonné. En marge des mastodontes médiatiques, Mon cas d’école s’invite chez ton libraire. Un regard drôle et critique sur notre système scolaire: l’une des bonnes surprises du moment!


L’école, j’ai tout de suite trouvé ça génial”, écrit Peggy Derder. Ça, c’était avant. Avant de réaliser que l’égalité des chances et la réussite par le mérite, tant vantées, relèvent surtout du mythe. Avant de devenir prof d’histoire-géo et de faire plus ample connaissance avec l’Education nationale. Plutôt que de s’apitoyer sur une institution à bout de souffle, Peggy Derder a choisi d’en rire : “Pourquoi ne pas nous amuser d’un système archaïque qui nous punit tous? (…) Osons l’ironie”!

Son Cas d’école? Une visite guidée du système scolaire, avec ses règles, sa “communauté éducative”, ses contradictions. Caustique. Bienvenue dans un monde où “l’absurdité est érigée en modèle de gestion” et où, pour tenir le coup, il faut “surtout, ne pas avoir la vocation”! Qu’on se rassure, personne n’échappe à l’oeil critique de Peggy Derder. Qu’il s’agisse du “personnel en saignant”, des pédagogues, des élèves ou de leurs parents. Un tableau drôle et savoureux de la “grande famille” de l’Education nationale, dont on se délecte page après page.

Sous son apparente légèreté, Mon cas d’école soulève de vrais problèmes : rôle des profs, laïcité, extrémisme républicain ou inégalité du système éducatif. “De quelle égalité se prévaut-on lorsque la ségrégation socio-spatiale, et donc scolaire, est devenue la règle?”, demande-t-elle. “Quel ascenseur social constituent les diplômes lorsque ceux-ci sont inexorablement dévalués sur un marché du travail sclérosé, où règnent le népotisme et la cooptation?”

Coup de gueule d’une prof désabusée? Non: état des lieux d’un système rouillé. Chiffres et sources documentaires à l’appui. “Pas de pilote dans l’avion, aucune stimulation intellectuelle, conclut Peggy Derder. L’école demeure au bord de la route. C’est sans doute l’occasion d’en rire et d’admirer le paysage pour ensuite emprunter des chemins de traverse”.

Aurélia Blanc

Mon cas d’école, Peggy Derder. Editions Flammarion, 2009.