mardi 1 septembre 2009

Table ronde jeunes-police : Interview de Almamy Kanoute

Brice Hortefeux se prépare à une rentrée mouvementée. Lundi 31 Août, il convoque une poignée de politiques et dix-sept associations, triées sur le volet, à une table ronde consacrée au rapport entre les jeunes et la police. Depuis les récents incidents à Bagnolet, il fallait agir vite. Trop vite ? Almamy Kanoute, éducateur et collaborateur régulier de Respect Mag y était. Interview.

Peux-tu nous dire comment s’est déroulée cette table-ronde ?

Le ministère m’a directement contacté. Je ne sais pas pourquoi j’ai été sollicité, n’ayant aucun contact avec le ministère. Je suppose qu’on a fait des recherches sur des personnes qui ont fait des actions sur le terrain, comme j’ai pu faire. Je suis actuellement membre actif de plusieurs associations sur l’Ile de France.

Les ministres ont tour à tour pris la parole : M. Hortefeux, M. Darcos, Mme Amara. Ensuite les associations présentaient plus ou moins ce qu’elles attendaient de cette rencontre. J’ai eu la sensation que l’on rentrait trop rapidement dans le vif du sujet sans aborder les problèmes de fond. Je pense qu’avant de faire des propositions il y a un travail qui reste à faire : des études, des enquêtes au sein de la jeunesse et de la police. Si on ne fait pas ce travail en amont, on ne pourra aboutir à une évolution concrète des relations «Jeunes-Police».

J’ai une certaine réticence face à ce genre de rencontre. Avant d’afficher publiquement ce genre de rencontre, j’aurais préféré que le ministre envoie une délégation de son gouvernement sur le terrain, rencontre les associations préalablement, pour aborder les problèmes de fond et rendre cette rencontre plus efficace.

Que penses-tu de l’idée de créer une « équipe de conciliation » ?

Effectivement, Brice Hortefeux a affirmé sa volonté de vouloir créer une équipe où il y aurait : la police et une «personnalité indépendante» entre autres. Pourquoi pas ! Mais j’espère que ce sera une personnalité qui connaîtra ces questions et qui se permettra de parler, haut et fort, de la tension existante entre les jeunes et la police. Pas une personnalité à qui l’on va demander d’apaiser avec des beaux discours.

Finalement, la question tourne autour du rapport humain. Il faut comprendre qu’il y a des jeunes qui ne supportent plus une certaine répression car ils affrontent des difficultés et des frustrations quotidiennement. Certains ne savent pas comment exprimer ce mal-être alors ils utilisent la violence. Il faut savoir le comprendre, même si ce n’est pas la bonne solution.

On nous demande de comprendre la police, mais personne ne nous demande de comprendre les jeunes.

Penses-tu que ces décisions vont aboutir à des actions concrètes ?

Avec mes associations, nous avons pu intervenir sur Villiers-Le-Bel et Clichy. Ce qui se passe dans ces quartiers concerne tout le monde. Beaucoup pensent que tout ce qui se passe en banlieue concerne seulement les gens qui habitent en banlieue.  Alors que ça concerne tout le monde ! On pense aussi que ces habitants préfèrent la loi du silence et ne facilitent pas le travail de la police et de l’Etat. Mais arrêtons ! Ce n’est pas aux gens de régler les problèmes de leurs quartiers. Quoi qu’il en soit, je participerai aux groupes de travail.

Propos recueillis par Leila Haddouche 

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