lundi 31 août 2009

1ère Université d'été de L'ACSE


Le Vendredi et samedi 18 et 19 septembre 2009 à Toulouse aura lieu la première Université d’été de l’Acsé :« Contre les discriminations, pour l'égalité et la diversité »

Portée par l’association Tactikollectif, cette université d’été rassemble les différents acteurs des espaces scientifique, politique, médiatique, économique et associatif afin d’échanger sur les savoirs et les pratiques, dégager ensemble un regard critique et exprimer les ambitions pour l’avenir pour lutter contre les discriminations.

Autour de personnalités telles que Yazid SABEG, Christiane TAUBIRA, Gwenaële CALVES professeur de droit public, Christian POIRET, Patrick LOZES (Cran), Edouard BOCCON-GIBOD (Président de la Commission diversité de TF1), Laurence MEHAIGNERIE, (Citizen Capital), Marie-Christine JAILLET (directrice de recherche Cnrs), François HERAN directeur de l’INED, Salah AMOKRANE (ancien élu des Motivé-e-es), ou encore Gaston KELMAN, écrivain.

Les débats porteront sur l’engagement des institutions, des médias, des partis politiques, de la société civile, et sur des thématiques telles que : la mesure de la diversité, les discriminations sexistes et raciales, les inégalités dans l’emploi, le logement et les quartiers.

Informations et inscription blog :

http://universiteetediscrimegalitediversite.umblog.fr

universite.ete.2009@gmail.com

Tél : 05 62 30 36 70

Avis aux graines d’Obama !

Marre des vieux croûtons à la tête des politiques européennes ? L’Intercivil Society et l’ICLS recherchent les jeunes Obama, filles et gars, en Europe aujourd’hui. Intéressés? A vous de jouer !

Il y a du neuf dans l’atmosphère, et ça ne concerne pas le réchauffement global ! Il s’agit d’un autre type de réchauffement, peut-être encore plus puissant - du genre à faire fondre les esprits et les cœurs, plutôt que les calottes glaciaires. Une force qui défie les peurs, les préjugés et les tabous. Une force qui combat l’indifférence et la résignation, sème l’espoir dans le changement et les opportunités...

Ce vent a commencé à souffler de l’autre côté de l’Atlantique, avec l’élection historique de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Désormais, ce vent souffle aussi sur l’Europe, traversant les partis politiques et les générations.

Y a-t-il des jeunes EurObamas parmi vous ? Pour faire face aux grands défis d’aujourd’hui, l’Europe et le monde ont besoin de voix jeunes, de visages jeunes, d’idées jeunes. C’est pourquoi le concours "AtmosphEUROPA pour les jeunes talents issus de toutes les minorités" est soutenu par le Président du Parlement Européen et des membres éminents des principaux groupes politiques, de droite comme de gauche.

Si vous avez moins de 30 ans, êtes issus d’une minorité et vivez en Europe, cette initiative vous concerne. Comme le disait le Mahatma Gandhi, rien ne sert d’attendre le changement, il faut « ÊTRE le changement que vous voulez voir dans le monde » !

Vous avez jusqu’au 30 septembre pour envoyer votre candidature. Les votes sont ouverts jusqu’au mois d’octobre.

En savoir plus et participer : www.atmospheuropa.eu ou www.eurobama.net

Yes, you can !


Concours international de vidéos

Tu as moins de 26 ans ? Le thème des migrations et de la diversité t’inspire ?

L’Alliance des Civilisations (ONU) lance un concours de vidéos ouvert aux jeunes amateurs de toute la planète, en partenariat avec de grandes institutions internationales, des acteurs de terrain et des médias (dont NoGhetto). Nom de code : Plural+.

Mobilité, exil, identité, intégration, diversité, droits de l’homme, cohésion sociale... Saisis la caméra et exprime-toi ! Et n’hésite pas à en parler aux copains d’ailleurs, aux cousins du bled, aux gens que tu rencontreras cet été sur la route, aux assos qui animent des ateliers vidéo dans les quartiers. Plus il y aura de participants, plus la voix de la jeunesse sur ces questions sera entendue !

Films d’une à cinq minutes max, à envoyer avant le 30 septembre 2009. Prix décernés en décembre 2009 par un jury prestigieux de professionnels.

Infos et inscriptions


Rencontre …. Ousmane Diop Bouquiniste à Dakar

Passeur de savoir
Le plaisir de la route, c’est la rencontre. Au hasard. Le plaisir de l’inattendu sur un bout de trottoir.

Juste à l’entrée de l’université de Dakar, une boueuse rue. Sinistrement appelée : couloir de la mort. Témoignage de l’histoire mouvementée de ce temple de la contestation. Pas même le temps de comprendre tout cela qu’on tombe, à l’entrée de la rue sur un assemblage de tables. Des livres, partout des livres. Au milieu, debout, Ousmane Diop.
C’est une silhouette élancée, des traits fins, des mains agiles. Il classe, range inlassablement. Un rire tantôt espiègle, tantôt complice, toujours contagieux. Ousmane Diop est un personnage. Rien de banal chez ce type pourtant aux allures si ordinaires. Un bouquiniste parmi tant d’autres. Qui plus est dans un pays où ce métier n’a aucune noblesse. Il fait juste partie de la jungle des petits jobs dont pullulent Dakar.



Drôle d’oiseau ! Au milieu des mécanos, de la ferraille et des vendeurs d’eau, Ousmane déclame la poésie, fredonne les classiques de jazz. Un fin lettré. Dissertant tantôt sur le spleen de Baudelaire avec des étudiants de lettres, tantôt spéculant sur la logique de Descartes avec des étudiants de philo. Son bout de trottoir est une agora. Eclectique, Diop l’est assurément. Né dans une grande famille bourgeoise (son père fut haut fonctionnaire), il choisit la révolte. Ce soixante-huitard n’est jamais revenu de l’utopie. Après ses études d’économie à Lyon, Ousmane revient au Sénégal en 1976. Un destin, tout tracé de fonctionnaire s’ouvre à lui. Mais il choisit les chemins de traverse. L’ex-étudiant monte une imprimerie : un secteur aux mains des grands industriels français et libanais. Il veut diffuser le savoir sans la rentabilité comme seul motivation.



Mais le réalisme triomphera de l’idéalisme. Le jeune homme ne fait pas le poids face aux mastodontes de l’imprimerie. Déprimé, il s’en va en exil en Côte-d’Ivoire. Ousmane découvre la photo, se passionne, réussit avant que le mal du pays ne le rattrape et finit par prendre le dessus. De retour à Dakar, il décide de réaliser un vieux rêve : finir sa vie au milieu des livres. Depuis, l’homme passe sa vie sur ce bout de trottoir. «Pour parler d’amour…. » dit-il. Dans le langage d’Ousmane, amour veut dire livre.
Ousmane Ndiaye Photos : Franck Vibert

vendredi 28 août 2009

Dieu & Moi : USA : une société religieuse ?

Aux États-Unis, la religion a pignon sur rue. Quel rôle tient-elle dans l’identité des individus et celle de la société américaine ?







2 novembre 2008, Obama est en meeting à Columbus, Ohio. Avant lui, à la tribune : des responsables locaux et… un prêtre ! Deux jours plus tard à Chicago, la foule attend son nouveau président ; on lui balance d’abord un révérend. « La place de la religion dans la campagne présidentielle montre à quel point cette dimension est présente dans la société américaine, commente Andrew, enseignant dans l’Illinois. Même si personne ne l’a cru, Bush a justifié la guerre en Irak en déclarant que Dieu lui avait parlé ! Et Obama a dû adapter son discours pour faire taire les rumeurs sur son lien à l’Islam. » Une attitude que les jeunes musulmans américains ont eu, à l’époque, du mal à avaler :« Pour répondre aux attaques, il s’est contenté d’un “ah mais non”. Comme si être musulman était une tare ! Dans la lignée de son discours, juste et sensible, sur les races, pourquoi n’a-t-il pas dit que cette religion était aussi respectable qu’une autre, aussi porteuse de valeurs et d’amour ? » tempête Linda Sarsour, directrice de l’Arab-American Association de New York.

« Aux USA, la religion n’est pas taboue, mais certaines sont mal vues, confirme Zeenat Rahman, chargée des relations extérieures d’Interfaith Youth Core (Chicago). Depuis le 11 septembre, les discours se sont radicalisés, tout le monde juge sans connaître. Les musulmans sont victimes d’un gros mouvement islamophobe, les juifs sont suspectés de contrôler le pays… Le conflit entre Israël et la Palestine influe sur les rapports entre juifs et musulmans. L’important est d’agir là où l’on vit. En s’interrogeant par exemple sur ce que ça veut dire, ici, aujourd’hui, d’être musulman américain ou juif américain. »

Car visibilité ne veut pas dire dialogue. Juliana Schnur, étudiante à New York University : « Affirmer haut et fort son appartenance ne signifie pas que tout est résolu, qu’on se connaît, qu’on avance ensemble ! J’ai grandi dans une banlieue où la moitié des gens sont juifs. Avant de m’installer à New York, je n’imaginais pas qu’on puisse ne rien savoir de ma religion. Vivre dans des milieux homogènes n’incite pas à se poser de questions. New York est le royaume du melting-pot, tous les cultes y cohabitent. Les interactions sont fréquentes au niveau intellectuel, professionnel mais, sur le plan individuel, on reste sur nos communautés. »

D’où la volonté de l’association Interfaith Youth Core de favoriser le dialogue interreligieux : « À l’heure actuelle, dans les lycées et universités américaines, la vie sociale est organisée en fonction de l’appartenance à une confession ou une ethnie. Aucun moyen de questionner son identité, aucune initiative pour bâtir des passerelles. » La méthode ? « Créer la rencontre par le biais d’actions communes, sur des thèmes fédérateurs comme l’hospitalité, le respect de l’environnement… Puis inciter chacun à partager son rapport à la foi. » Enjeu : tordre le cou aux discours extrêmes, du genre « toutes les religions sont le diable » ou « c’est comme ça qu’il faut croire et pas autrement ». Et faire entendre d’autres voix, « pour montrer qu’on a tous une manière personnelle de vivre notre religion, et qu’on doit être libre de l’exercer comme le souhaite, conclut Zeenat. Moi par exemple, je ne suis pas super muslim ! Je suis ce que je suis, personne ne me représente ni ne peut parler à ma place. »

Texte et photos : Réjane Ereau
  • 96% des Américains déclarent croire en Dieu
  • 67% appartiennent à une communauté religieuse
  • 40% sont des pratiquants réguliers (moins de 10% en France)
  • 52% sont protestants, 26% catholiques, 1,4% juifs, 0,6% musulmans
  • De plus en plus d’agnostiques : 15%en 2001, contre 8% en 1990
  • 57% des jeunes croyants disent prier quotidiennement [1]
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TA FOI, TON VOTE ?

Ezra (New York) Je suis juif. Pas très “religieux”, quoi que ça veuille dire. Lors de la dernière élection, les candidats ont utilisé la religion pour diviser la population, plutôt que pour la rassembler. Sarah Palin a été choisie pour séduire les Chrétiens fondamentalistes. Son opinion sur l’évolution et le changement climatique montrent la régression de certaines mentalités, au mépris des vérités du 21ème siècle.

Ramneek (New York) Beaucoup de gens l’ignorent, mais sikh veut dire « apprendre ». Le désir de connaissance et de compréhension est naturel quand on vient d’une famille sikh. Ces notions n’ont jamais été aussi importantes : impossible de faire un choix qui te semble juste sans avoir d’abord cherché à comprendre. L’ignorance n’est pas une bénédiction. C’est un danger.

Jung (New York) Je suis protestante depuis ma naissance. Je vais à l’église tous les dimanches. Ca peut influencer mes choix politiques, mais jamais de manière décisive. Mon vote ira à la personne la plus qualifiée.


NoName (New York) Je suis les préceptes baptistes. Je crois en Dieu, au paradis, à l’enfer, au pouvoir divin. Le résultat des élections présidentielles a eu un impact énorme sur ma foi. La preuve que tu peux toujours être ce que tu t’es mis en tête de devenir.

Thomas Uthup, responsable de recherche à l’Alliance des Civilisations – Les USA ne se regardent pas comme areligieux. Que le président prête serment sur la Bible n’empêche personne de se sentir libre de pratiquer sa propre foi (qui est un droit fédéral). Exercer sa liberté de culte ne veut pas dire "se libérer des cultes" ! En Europe, le principe de laïcité conduit parfois à devoir gommer son identité culturelle pour exister socialement, notamment si l’on veut exercer des responsabilités politiques. Du coup, certains citoyens ne se sentent pas représentés dans les institutions du pays, ce qui peut être (notamment chez les jeunes issus de minorités) assez déstabilisant.

Recueilli par Lola Reboud et Réjane Ereau

mercredi 26 août 2009

« Le fil conducteur, c’est ma sincérité »

Toujours sur la route, Brahim. Neuf ans après son premier album, le chanteur tourangeois fait une nouvelle percée chez les disquaires (et dans nos oreilles). Du reggae teinté de soul, des textes, des vrais, portés par une voix qui prend aux tripes : l’artiste est bel et bien de retour. Rencontre.

Pourquoi ces huit ans entre « Toujours sur la route » et « Dans quel monde on vit » ?

Je devais déjà me détacher de ma maison de disques. Ensuite j’aurais dû signer chez Naïve, qui nous a fait galérer. Donc avec Yovo et Giovanny on a décidé de produire l’album nous-mêmes. On a souffert, on a mis du temps, on y est arrivé quand même ! Un mélange de reggae, de soul…du Brahim!

« Toujours sur la route »?

C’est une image. On est toujours sur la route de réussi notre vie.Le plus important c’est d’avancer et de s’épanouir. Je crois en ma musique, je crois en Dieu, j’ai la foi en ce que je fais, point à la ligne. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens ressentent que j'agis avec mon cœur. Qui que tu sois, si t’apprécies, t’es le bienvenu.

Justement quels thèmes abordes-tu dans l’album?

Un morceau parle des médias : parfois ils veulent tellement dire de choses qu’ils les disent vite et mal. Donc il faut prendre du recul. Que des gens tue au nom de Dieu, en Irak par exemple, ça me touche aussi beaucoup. Dans un des morceaux je dis « ne mettez pas le nom de Dieu dans vos sales business »… Je ne peux pas les en empêcher, mais je peux l'écrire, le dire et le partager. On sait qu’on ne va pas changer le monde, mais ça fait du bien de l’entendre en musique, avec une vibration.

Certains titres sont plus intimes…

Ce second album est plus personnel. J’écris de plus en plus de soul, et la "soul" ("âme" en anglais) ça veut bien dire ce que ça veut dire. Le titre "Sans se retourner", raconte une part de ma vie, qui fait écho dans la vie de  de plein de gens. 

Bientôt un album soul ?

Probablemement, un jour ou l'autre. J’aime bien les crooners. On ne vit qu’une fois, et je ne veux pas m’emprisonner. Le fil conducteur c’est ma sincérité.

La portée de la musique, et plus particulièrement du reggae, dans la société?

Il y a un dicton qui dit « ne soit pas trop doux car on t’avalerait, ne soit pas trop amer car on te recracherait ». Le problème du reggae, c’est ça. C’est bien de crier, mais il faut être malin et savoir faire le juste milieu pour qu’on t’écoute.

Trois mots pour définir l’album ?

« Tu vas l’aimer » (rires) !

Ton message ?

Laissez parler votre cœur. Il n’y a que ça de vrai, quoiqu’il arrive. 

Propos recueillis par Aurélia Blanc

> www.myspace.com/brahimusic



Rendez-vous : Pique-nique concert à Saint-Denis


Samedi 29 aôut, Saint-Denis (93) met la convivialité à l'honneur! Une soirée de fête qui célèbre également la candidature de la ville, avec la France, à l'Euro de foot 2016.

18h- Grand pique-nique:

Le parvis de la Basilique est transformé, l'instant de cette soirée, en une grande aire de pique-nique : tables, chaises seront disponibles, et l'apéritif offert. Une restauration sur place est prévue pour ceux qui n'ont pas de pique-nique. Au programme également  : des animations, des places à gagner pour le match de foot France-Roumanie... et une scène musicale placée sous le signe du groove!


19 h - Grand concert gratuit :

Spirit of D-Zil  : huit potes originaires du bassin caraïbéen mettent en chanson (et en scène) des tranches de vie, où les rêves se mêlent aux mélodies enivrantes.

- Bams : Chanson Hip Hop aux accents Jazz et à l'humeur Rock  : l'artiste livre une musique poétique et politique qui ne laissera parsonne indifférent!

- La Familia : des musiques nomades, des chansons en français, espagnol et arabe, des grooves ensoleillés, La Familia prend toute sa dimension sur scène, entre flamenco-rock, salsa-tzigane, et rumba-reggae.

> Samedi 29 août, 18 heures – Saint-Denis (93), Parvis de la Basilique

www.ville-saint-denis.fr

lundi 24 août 2009

"Le ramadan, objet commercial non identifié"

Fondateur-directeur de Sopi, première agence française de communication multiculturelle, Jean-Christophe Despres analyse l'image du Ramadan dans la pub. 
Moment tant de partage que de retour sur soi, le ramadan ne se limite plus aujourd¹hui à sa dimension spirituelle. Temps fort de consommation notamment alimentaire, le mois de jeûne éveille les appétits des entreprises de voyages, de téléphonie et bien sûr de la grande distribution.

Pourtant, la communication autour de cet événement majeur demeure brouillée. Voulant l'argent des beurs plus que leur image, les principales enseignes rivalisent de métaphores orientalisantes pour éviter d'appeler un chat un chat et d'associer son image à une religion si souvent décriée.

Le ramadan n¹a pas, en quelque sorte, trouvé son père noël rouge Coca-Cola et manque d'un marketing construit qui permettrait d'en faire un événement fédérateur, à l'image d¹un nouvel an Chinois. On doit l'observer, les entreprises françaises ont du mal à adopter la logique du marketing affinitaire c'est-à-dire à savoir parler de manière pertinente à un coeur de cible pour ensuite conquérir des publics plus larges.
Pourtant si les blancs sont aux USA les premiers consommateurs de hip-hop, c'est parce que les noirs ont créé un univers fort, apte à donner envie aux autres de rejoindre le mouvement. En France à l¹inverse, on cornerise. Quand Casino lance sa gamme halal (respectant les normes religieuses musulmanes), elle le nomme Wassila. Comme si des steaks hachés avaient quelque chose à voir avec ce nom aux consonances arabes, comme si tous les musulmans étaient arabes, comme s'ils n¹étaient pas par ailleurs français.
Toutes nos études montrent que les consommateurs musulmans veulent avant tout plus de diversité alimentaire et donc pas forcément des plats de chez « eux ». Leur souhait, être traités comme les autres consommateurs, être courtisés et respectés dans leurs identités plurielles. Bon exemple, Maggi n'a pas changé de marque pour lancer ses produits halal ; en revanche nulle trace de ceux-ci sur le site de la marque.
Comme sur le terrain politique et social, notre pays tergiverse encore autour de la consommation musulmane qui représente pourtant plusieurs milliards par an. Faute de faire l'effort de connaître cette population, à la fois spécifique sous certains aspects et si semblable aux autres en général, on ne se donnera pas les moyens de profiter de l'opportunité commerciale de donner simplement aux consommateurs ce qu'ils recherchent.
Plutôt que de faire un clin d'oeil artificiel aux musulmans en cette période de ramadan, les entreprises devraient adopter une stratégie durable de présence sur ce marché et pourront alors profiter pleinement de l'impact de cette période de fête.
Jean-Christophe Despres

Carnet de route : Demba et Dupont

C’est une imposante statue. Juste en face de l’embarcadère de Gorée. Ce bout de terre, plaque tournante de l’esclave. Dernière image de l’Afrique… pour des milliers d’homme arrachés à leur terre. Demba et Dupont témoigne d’une autre mémoire celle des tirailleurs sénégalais. Ici, personne n’a oublié l’ingratitude de la France. Mais le président Sénégalais, Abdoulaye Wade (lui-même ancien tirailleur) a voulu dépasser les rancœurs de l’Histoire en érigeant au cœur de cette place symbolique, la statue de Demba (le tirailleur africain) et Dupont (le soldat Français) s’enlaçant et exultant vers la victoire. Frères d’armes, Frères pour toujours. Belle allégorie de la fraternité. Pardonner donc. Mais ne jamais oublier. Le Sénégal est le seul pays où la journée du tirailleur est chômé et payé.


Ousmane Ndiaye Photo : Franck Vibert














vendredi 21 août 2009

Dieu & Moi : Entretien avec Thomas Uthup

Sur les deux tiers de la planète, religion et société restent intimement liées. Pourquoi la culture religieuse d’un pays a-t-elle autant d’impact sur sa structuration politique et sociale ? Décryptage par Thomas Uthup, responsable de recherche à l’Alliance des Civilisations (ONU).


Historiquement, la religion c’est :

Un des facteurs qui façonnent ta vision du monde. Par exemple, un Catholique pratiquant conservateur n’approuvera pas la politique du gouvernement en matière de planning familial. Pour un Hindou, ce ne sera pas un problème. L’avortement est légal en Inde, ces questions n’y font pas débat.

Une source d’identité. Hormis peut-être, désormais, pour les habitants de l’Occident… Et tant que le reste du monde résistera à la pression de plus en plus forte de la mondialisation ! (qui tend à l’uniformisation).

Un moteur d’action. N’oublie pas qu’aux Etats-Unis, la campagne pour les droits civiques des Noirs a été menée principalement par des leaders religieux. C’est dans la religion que la communauté afro-américaine a puisé la force de se battre. Regarde aussi l’utilisation qu’en font les extrémistes de tous bords… Ils ont compris que la religion incite les gens à se bouger, pour le meilleur ou pour le pire.

Un impact sur ce que tu produis et consommes. Si tu demandes à un ami hindou orthodoxe de venir dîner chez toi, tu dois savoir qu’il ne faut pas lui servir du bœuf. Peut-être même refusera-t-il de manger dans une assiette qui en a contenu. Autre exemple : l’éthique calviniste de l’épargne a joué un rôle important dans la place économique des Protestants.

Une structuration sociale. Non seulement entre les religions, mais au sein de celles-ci : différenciations entre sunnites et chiites dans l’islam, système de castes dans l’hindouisme, etc. Elle fournit également des explications sur certaines segmentations : place des hommes et des femmes, situation dans l’échelle sociale…

Un standard d’évaluation. « La Bible dit que », « le Coran dit que », « c’est bien ou c’est mal »… Ces critères peuvent t’aider à juger du bien-fondé d’une action ou d’une politique.

Un moyen de communication. Si tu es musulman, même si tu ne parles pas l’arabe, cette langue fait le lien entre toi et les reste des croyants, puisque c’est celle du Coran. D’ailleurs, la diffusion de la langue arabe doit beaucoup à l’Islam ! De même que la croix est un signe d’identification chez les Chrétiens.

Un ensemble de valeurs. Qui fixent un cadre aux politiques publiques, tant dans leurs objectifs que dans les moyens et les critères d’évaluation dont elles se dotent.

Aujourd’hui, la donne change… mais pas tant que ça :

Le monde devient de plus en plus multiculturel. Aux Pays-Bas, par exemple, la moitié des enfants ne sont pas « ethniquement hollandais » ! L’éducation te permet de te sentir « comme les autres »… Mais quand vient l’heure de chercher un emploi ou un logement, si tu te heurtes aux barrières de la discrimination, tu peux avoir tendance à te replier sur un mode de vie alternatif, dont une des composantes peut être la religion. On a ainsi vu des enfants d’immigrés aller chercher des réponses à leur mal-être dans la foi, alors que leurs parents n’étaient pas pratiquants. La question de la diversification religieuse n’est pas l’apanage de l’Europe : elle se pose aussi avec l’arrivée de migrants bangladeshi en Inde, de travailleurs hindous et philippins au Moyen-Orient…Comment assurer la liberté de culte de tous ces gens ?

Face à la globalisation, les identités locales reprennent du poil de la bête. D’un côté, les interactions se multiplient, tout le monde est de plus en plus en lien… Mais pour ne pas se perdre au sein de ce « village planétaire », les gens renouent avec leurs racines, leurs origines, réaffirment leurs particularismes.

Dans les pays où la liberté politique est réduite, la religion peut aussi s’avérer l’un des seuls moyens pour les jeunes d’exprimer leurs idées et d’agir pour améliorer le système. Dans les pays occidentaux où cette liberté politique existe, la religion répond à un autre type de manque : celui créé par une société désorientée, où les valeurs humaines semblent se perdre, où l’on ne croit plus en la chose politique, qui n’est plus guidée par de grandes idéologies. Pour trouver un cadre et des repères, les jeunes peuvent avoir tendance à se tourner vers la foi.

Recueilli par Réjane Ereau - Février 2009
Photos : Lola Reboud

Merci également à Emmanuel Kattan et Isabelle Legaré (Alliance des Civilisations) pour leur contribution.

Sommaire du dossier "Dieu et moi"


ALLIANCE DES CIVILISATIONS : KEZAKO ?

Née en réaction à la guerre en Irak et aux attentats islamistes du 11 mars 2004 à Madrid, l’Alliance des Civilisations a pour vocation de trouver des initiatives concrètes pour « sauvegarder la diversité culturelle dans un monde globalisé » et faire reculer « intolérance, radicalisme et fondamentalisme ». Portée par le président espagnol José Luis Zapatero et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, épaulée par l’ONU, elle s’est réunie pour la première fois en Espagne en janvier 2008. Quatre priorités : l’éducation, la jeunesse, les migrations et les médias. Le prochain sommet de l’Alliance des Civilisations se tiendra les 6 et 7 avril 2009 à Istanbul (Turquie)... NoGhetto sera de la partie !

www.unaoc.org
www.aocmedialiteracy.org


jeudi 20 août 2009

« Une bouffée d’oxygène, un cri de liberté »

Groupe de rap aux accents slam, mêlant sonorités rock et influences orientales, La Canaille refuse le formatage, tant musical qu’idéologique. Avec "Une goutte de miel dans un litre de plomb", leur premier album, les quatre acolytes passent au crible les travers de notre monde. Rencontre avec Marc Nammour, chanteur et parolier du groupe.

La Canaille ?

C’est le titre d’un chant révolutionnaire de 1871, dont la poésie nous a frappés. Ce texte énumère qui est la canaille: l’ouvrier, le chômeur, l’artiste... Ça nous correspondait tellement bien qu’on en a gardé le nom!

Porte-parole ?

On ne représente que nos quatre voix. Même si on espère que nos textes, notre musique, notre façon de voir le monde vont faire écho, ça nous gêne de nous autoproclamer porte-parole; c’est toujours un peu prétentieux, arriviste. On n’est pas des leaders d’opinion

Engagés ?

Nous sommes des artistes corrosifs, subversifs, conscients… mais pas engagés. Ce terme veut dire tout et n’importe quoi: Sarkozy est quelqu’un d’engagé, tout le monde est engagé… Reste à savoir dans quelle direction! Contestataires, ça nous correspond plus.

Votre message ?

Mes textes s’inspirent de ce que je vois et de ce que je vis. La réalité à travers les yeux d’un gars du peuple. Dans l’album, il y a un intermède fil rouge, le Chroniqueur: le personnage que j’incarne quand j’écris. Ces chroniques sont forcément corrosives et subversives, parce que la réalité d’un prolo n’est pas celle de quelqu’un qui n’a jamais connu le besoin, qui ne se pose pas la question de savoir comment changer les choses, puisque ce monde lui correspond.

Musicalement inclassables ?

Nous sommes un groupe de rap nourri de tas d’influences. Ça nous excite d’aller voir ce qui se passe ailleurs, de puiser notre inspiration dans d’autres courants, pour créer quelque chose d’original. Notre univers est parfois très rock, électro ou oriental, tout en restant hip-hop. Ça peut surprendre, surtout les jeunes, mais le rap a toujours mixé les styles: c’est une musique de samples aux influences multiples, qui permet une richesse artistique.

Votre public ?

Forcément large, vu tout ce qu’on fusionne! C’est toujours la bonne surprise: ça va de15 à 70 piges, des amoureux du hip-hop au public alternatif des festivals.

Réaction du public lorsque vous jouez Ni dieu ni maître ?

Majoritairement positive. Comme si ça faisait du bien de scander ce slogan! Surtout en ce moment, où l’obscurantisme et les intégrismes religieux font leur retour. Certains sont parfois choqués, mais finalement, c’est une des chansons qui marchent le mieux. Au premier refrain, les gens sont surpris; au deuxième, ils commencent à entrer dans le délire; au troisième, ils chantent avec nous! Comme une bouffée d’oxygène, un cri de liberté. Avant d’être chrétien, juif ou musulman, on est avant tout des hommes: on a besoin d’unité, pas de division.

Recueilli par Aurélia Blanc


> Une goutte de miel dans un litre de plomb : sortie le 7 septembre 2009

>  www.myspace.com/lacanaille


Prochaines dates :

9 septembre 2009 – Paris/ Alimentation Générale

26 septembre : Lyon / Marché Gare

1er octobre : Paris / Les  Combustibles

3 octobre : Paris / Main d’œuvres

16 octobre : Sannois / EMB

17 octobre 2009 : Montreuil / Café La Pêche

24 octobre : Lure / Auditorium de Lure

6 novembre : Pantin / Salle municipale

mercredi 19 août 2009

Micro-trottoir : le Ramadan et toi

C’est parti pour un mois!  Le jeûne musulman du Ramadan débute le 22 août. Tu le fais? Tu le fais pas? Respect Mag tend le micro.

Hors-Cadre, 23 ans : Chacun fait ce qu'il veut et personne n'a à justifier son choix! Pourquoi pas un sondage sur «qui va à l'église le dimanche ou à la mosquée le vendredi», tant que vous y êtes?

Sabrina, 30 ans : Je le fais parce que c’est un des piliers de l’islam. C’est un mois sacré. Pour moi, c’est aussi le moment où l’on renforce les liens avec ses proches, où la solidarité et l’entraide sont importantes. Nous sommes soudés; le terme «communauté» retrouve tout son sens.

Lebna, 31 ans : Pays de Liberté, donc libre à chacun de jeûner ou non. Bon Ramadan aux uns; les autres, préparez-nous de bons et délicieux gâteaux pour l’Aïd, s’il vous plaît!

Soraya, 27 ans : Outre son aspect religieux, le Ramadan porte de très belles valeurs "éthiques". Ne serait-ce que se mettre quelques heures par jour à la place de ceux qui n'ont pas la chance de manger à leur faim, faire preuve de plus d'altruisme, se remettre en question, agir avec plus de droiture... C’est l’occasion de développer une conscience plus saine, sa patience et sa volonté.

Fadela, 25 ans : Il y cinq ans, j’ai arrêté de jeûner pour une année, afin de me remettre en question spirituellement: je ne savais plus pourquoi j’observais le Ramadan, et je ne voulais pas le faire sans réelle conviction. Aujourd’hui, je ne le fais plus: je n’ai plus besoin de ça pour me remettre en cause et me rapprocher de Dieu. Je crois en Dieu et aux valeurs musulmanes, mais la pratique de la religion me semble trop éloignée de ce que je suis aujourd’hui.

Kahina, 28 ans : Bien sûr que je le fais! Le Ramadan n’est pas une question d’envie mais de foi. C’est un pilier de l’islam; j’ai décidé de suivre ma religion, c’est tout.

Mohammed, 55 ans: Je ne le fais plus depuis très longtemps. Je trouve qu’il y a beaucoup d’hypocrisie autour du Ramadan, et même une certaine pression sociale. Ce moment est censé rassembler les gens… Mais quand tu jeunes pas, on te juge, t’as droit à des remarques ou des critiques. Ma foi est mon affaire personnelle, elle me guide chaque jour. Je n’ai pas besoin de la montrer à tout le monde ou qu’on m’approuve pour me sentir musulman.

Khadija, 47 ans : Je ne peux plus le faire pour raison médicale, et je le vis mal. Pendant un mois, j’ai l’impression de ne plus faire partie de la Oumma [communauté musulmane]. Je regrette le temps où je pouvais jeûner!

Sofia, 21 ans : C’est un moyen de renouveler sa foi, un rappel pour les musulmans, une démarche spirituelle. En plus, ça fait du bien au corps. Alors oui, je fais le Ramadan!


> A lire la semaine prochaine sur www.respectmag.fr : le jeûne vu par un imam, un prêtre et un rabbin.

« Ma proche banlieue », grand angle sur les quartiers

La Cité de l’Histoire de l’Immigration consacre une rétrospective à Patrick Zachmann, « Ma proche banlieue ». Depuis près de trente ans, le photographe de l’Agence Magnum explore les questions d’identité, d’immigration, de mémoire. Et pose un regard sensible sur la vie des grands ensembles.

Novembre 2005, les banlieues françaises s’embrasent. Des images qui font le tour du monde. Jusqu’à Shanghai, où Patrick Zachmann découvre cette actualité à la télé. Partagé entre son désir de couvrir l’événement et sa réticence à nourrir les clichés médiatiques, il décide «de montrer cette révolte et son inévitable mise en scène à travers le prisme des captures d’écran». Décalage entre l’image des quartiers populaires et leurs réalités.

Trente ans que Patrick Zachmann parcourt les ensembles urbains, fixant sur papier leurs multiples facettes. Une série de photos réalisée en 1997 à Fresnes (94) dévoile des paysages du quotidien: centre commercial, habitations… La banlieue «à la fois banale, froide, tranquille et ennuyeuse». Deux ans après, il photographie des habitants traversant ces mêmes lieux. Normal: l’individu est au cœur de sa démarche. Et, à travers lui, le thème de l’identité et de la mémoire.

Destins

1984. Patrick Zachmann anime un stage photo dans les quartiers Nord de Marseille auprès de onze jeunes. Six mois durant, il amène Ali, Yahia, Hocine et les autres à explorer leur identité. Vingt-et-un ans plus tard, il retourne à Marseille pour les retrouver. Poussé par un constat: sur la scène médiatique, les figures de «jeunes de banlieue» se succèdent au gré des flambées de violence, «comme s’ils ne vieillissaient jamais, comme s’ils étaient interchangeables». Il s’intéresse aux adultes que sont devenus ses anciens stagiaires; des personnes qui, comme la cité, se sont métamorphosées. Au terme de trajectoires souvent chaotiques, certains se sont rangés, d’autres ont disparu. Patrick Zachmann leur consacre un documentaire, Bar Centre desAutocars, du nom du bar que tient Ali, assassiné peu après le tournage. Poignant. Patrick Zachmann humanise la banlieue, capte des instants de vie. Des destins brisés, des moments de bonheur… L’aller-retour dans le temps est saisissant.

« Enquête d’identité »

Plus qu’un simple photoreporter, Patrick Zachmann s’attache à restituer l’histoire des quartiers populaires. En passeur de mémoire, il pénètre l’intimité des foyers avec ses Portraits de familles, photographie les Jardins ouvriers, en profite pour recueillir la parole des habitants... En 1986, il immortalise la première démolition d’une barre de la Cité des 4000 à la Courneuve (93). Puis se penche sur la question de l’immigration. Confronte la réalité des Maliens qui vivent à Evry (91) à celle de leur pays d’origine, à travers les photos des proches restés au village. «Autant de complexes identitaires et de chocs culturels que je tente de retranscrire visuellement», explique-t-il. 

La quête identitaire, thème central de son travail, a d’ailleurs poussé Zachmann à mener sa propre «enquête d’identité», dans les années 80. Sept ans d’exploration photographique pour se trouver, lui qui ne se sent «ni vraiment juif, ni vraiment français». Et ne cesse de rappeler l’importance de la transmission mémorielle: «l’identité, individuelle ou collective, n’est possible que lorsque l’Histoire et les histoires ne sont pas cachées mais révélées.»

Aurélia Blanc 

>" Ma proche banlieue", jusqu’au 11 octobre 2009, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Paris.

> www.histoire-immigration.fr