jeudi 6 août 2009

"Neuilly sa mère!", interview de Djamel BENSALAH

Djamel Bensalah, réalisateur de « Le ciel, les oiseaux et ta mère » et de « Il était une fois dans l'Oued » revient cette fois-ci en tant que scénariste avec: « Neuilly sa mère », une comédie sociale prévue pour le 12 août 2009. Rencontre conviviale avec un réalisateur citoyen.

Comment définissez-vous les sujets dont vous souhaitez aborder ?

J'ai un amour pour les milieux populaires et les communautés, riches ou pauvres, j'aime qu'il y ait différentes identités culturelles : les chtis, les bretons, les cités.... Lorsque je fais de la comédie, j'ai besoin de rentrer dans une sociologie. Pour l'instant j'aborde le sujet que je connais le mieux, le milieu populaire maghrébin en banlieue.
Aujourd'hui, les choses évoluent : j'habite dans le grand Paris, je suis en train de m'embourgeoiser, donc forcément je vais aborder d'autres milieux ; c'est un peu le cas avec « Neuilly sa mère ». J'aime l'idée d’être bilingue socialement. Je raconte des films bilingues, de riches et de pauvres : ça ne veut pas dire que je suis riche, mais ça veut dire que je suis sorti de mon milieu !

Vos origines vous influencent-elles dans la manière d'écrire des dialogues, d'aborder un scénario ?

Forcément, mon identité culturelle influence ma manière d'aborder le sujet : je ne vois pas la France de la même façon que vous. J'ai forcément un angle de vue plus oriental, plus coloré, plus métissé. J'ai vécu dans un univers oriental, avec des parents qui ne parlaient pas bien français. J'ai une façon d'aborder la France qui est différente d'une personne qui est totalement française de père et mère. Mon écriture ressemble à ma culture, elle est beaucoup dans la tchatche.

Comment définissez-vous votre cinéma ?

Ce n'est pas un cinéma engagé, c'est un cinéma citoyen, responsable : les spectateurs vous donnent 1h30 de leur temps, et vous avez la mission de ne pas les décevoir, de les divertir, de les émouvoir, de les alerter. Voir de les interpeller sur certaines choses. Faire du cinéma, c'est une chance, il ne faut pas la gâcher. Il y a beaucoup de postulants et peu d'élus. Alors on se dit qu'il faut faire des films qui permettent aux gens d'aller mieux. Je ne suis pas un guérisseur, cependant « Le ciel, les oiseaux et ta mère » a permis de voir la banlieue autrement. « Il était une fois dans l'Oued » montre une autre facette de l'acculturation. Quand un ou deux millions de personnes vont voir vos films, ce n'est pas rien.

Cela a-t-il été difficile de toucher l'icône Sarkozy, dont vous vous moquez ouvertement dans « Neuilly sa mère » ?

Il ne s'agit pas d'une charge contre Sarkozy. Ce n'est pas un film engagé, mais un film qui prône la tolérance. Je pense qu'à partir du moment où on est respectueux des gens qu'on critique, peu importe. Ici on ne se moque pas de lui, on s'amuse avec lui ; il n'y a pas d'humiliation. Sarkozy et moi, nous avons un point commun : lui a envie de rapprocher tous les français et moi j'ai envie de rapprocher deux Frances qui ne se côtoient jamais. C'est parce qu'il est président, donc qu'il est puissant, et parce que c'est un excellent communiquant, que je me permets de le chatouiller un peu. Des chatouilles, pas des coups de griffes.

Parlez-nous du message de « Neuilly sa mère ».

C'est un cinéma très naïf, qui prône le rapprochement entre les gens : si je ne tends pas la main à mon voisin, je ne m'en sors pas. Aujourd'hui on communique de moins en moins, personne ne se mélange, personne ne sort de son milieu. Donc on va droit dans le mur. Il n'y a qu'un périphérique qui sépare St Denis de Paris, et pourtant il y a un gouffre immense. Ce film essaye de désenclaver les territoires.

Depuis « Big city », est-ce un plus de travailler avec des enfants sur vos tournages ?

Travailler avec des enfants, c'est extrêmement gratifiant mais c'est extrêmement compliqué. Sur Big City, il y avait des animaux, des enfants, et des séquences dans l'eau, puisqu'on tournait au bord d'une rivière. Et le film n'a pas marché du tout...La seule conclusion de cette histoire c'est : avoir fait « Big city » m’a permis de rencontrer deux adolescents, Jérémie Denisty et Samy Seghir, qui aujourd'hui jouent dans « Neuilly sa mère ».
On a vraiment écrit pour eux. C'est un cadeau du ciel d'avoir des gamins comme ça.

Le casting du film est très impressionnant. Avez-vous l'impression d'être entré dans la grande famille du cinéma ?

Vous savez, j'ai toujours autant de gens qui me disent non ! Il y aura toujours des gens qui vous diront « j'ai déjà vu », « aucune originalité », sauf que c'est du jamais-vu en France ! Le dernier film qui racontait ce type d'histoire, c'est « La vie est un long fleuve tranquille », et c'était en 1987. C'est un chef-d'oeuvre que j'adore. Pour convaincre des comédiens comme Josiane Balasko, vous ne devez pas vous tromper. Ce sont des adeptes de comédies, il faut leur donnez ce qu'ils veulent : une comédie drôle, ludique, pas abêtissante. Je ne connaissais pas certains comédiens, malgré leur travail formidable, par exemple François-Xavier Demaison. Il est venu jouer le jeu, avec d'autres aussi, malgré le manque d'argent : certains ont participé gracieusement tellement le budget était serré !



Propos recueillis par Mathilde de Beaune

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