La dimension humaine de l’immigrationChristian Zerbib n’aime pas la facilité. C’est le moins que l’on puisse dire. Sortir en août est déjà chose risquée et insolite. Et il aggrave son cas en s’attaquant à un thème très récurrent au cinéma. Il s’en sort plus que bien. Ce documentaire raconte l’histoire d’hommes quittant une terre pour une autre en quête d’avenir…D’emblée, le pari de l’originalité est perdu. Mais surprise, le film sort rapidement des sentiers battus. Loin des généralités et analyses savantes, il rappelle combien finalement ces hommes et femmes, que l’on nomme étranger, nous ressemble. Petites drames, grandes misères du quotidien. Humain. Tout simplement. Donc rien qui ne nous soit étranger. La simplicité du film est sa force. Tant, il est juste dans le ton. Zerbib filme la misère. Sans accabler, avec pudeur. Loin des discours savants, des explications socio-économiques, ce film s’attache à comprendre pourquoi des hommes risquent leurs vies pour venir en Occident. La réponse est bien souvent désarmante de simplicité, de vérité : «pour vivre ». Zerbib filme dignement ses interlocuteurs. En alter ego. Le souci d'être à bonne distance pour mieux saisir la bonne parole. Terre Étrangère s'approche, au plus plus près de ses hommes, en s'affranchissant de la compassion de circonstance. Terre Etrangère, c’est un regard tantôt attendrissant, complice parfois, rieur dans d’autre. Oui, Zerbib réussi à arracher quelques rires de... Idrissa, Iman, Seydou ou encore Issakha...Des destins, des drames qui témoignent furieusement de l’inégalité du monde. Zerbib filme les blessures de ces hommes obligés de quitter leur terre natale pour s’inventer un avenir. «Savent-ils seulement ce qui les attend ? » interroge gravement Emmanuelle Béart. Savez-vous ce nous vivons répond de l’autre côté, Issa, Ousmane, Souaré…la vingtaine, seulement, rescapés des pirogues de la mort. «L’avenir n’existe pas ici...» disent-ils en cœur. Zerbib nous rappelle que personne n’a décidé de sa « terre natale ! ». Autrement dit, c’aurait pu être nous...
Ousmane Ndiaye


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