lundi 17 août 2009

« Clichy et Villiers-le-Bel n’étaient peut-être que des étincelles » - Article dans le Parisien

Découvrez l'interview d'Almamy Kanoute , qui collabore avec Respect Mag, dans le Parisien du 12 août 2009


« Clichy et Villiers-le-Bel n’étaient peut-être que des étincelles »

Rocco Contento, 42 ans, est brigadier de police à et membre du syndicat général de la police. Almamy Kanoute, 30 ans, est éducateur à Fresnes (Val-de-) et président de l’association 83 avenue. Nous les avons réunis hier après la de Yakou à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). L’occasion pour eux de confronter leurs analyses sur la situation constamment tendue dans les banlieues et sur les rapports entre les jeunes et la police.

Les incidents qui ont suivi la mort de Yakou vous ont-ils surpris ?
Almamy Kanoute : Non. C’est une réaction de colère et d’émotion. Normalement, la police est là pour protéger les citoyens et, là, on finit avec la mort d’un jeune.
Rocco Contento : Je suis d’accord. La mort d’un jeune n’est jamais banale et je comprends la colère de ses proches. Ce que je ne comprends pas et qu’on ne peut pas tolérer, ce sont ceux qui soufflent sur les braises et qui profitent de cette colère pour tout casser.
Almamy : Je ne cautionne pas non plus cela. Mais sur le terrain, des deux côtés, il y a des gens pour attiser les flammes.

Quelles sont les causes de la méfiance réciproque entre jeunes et police ?
Almamy : Les jeunes pensent souvent que les policiers abusent de leur pouvoir. Et puis, un ado qui jette une pierre sur une voiture de police, on va le raconter dans les journaux et il sera condamné. En revanche, un policier qui commet une bavure, on n’a aucun retour sur les sanctions qui sont prises ou pas contre lui. Il y a deux poids deux mesures.
Comme si ces affaires étaient étouffées.
Rocco : Pourtant, je peux vous affirmer que les commissions de discipline sont régulièrement saisies. Quand un policier commet une faute, il est puni. Et croyez-moi, à l’Inspection générale des services(NDLR : la police des polices) , ce ne sont pas des tendres.
Almamy : Mais aujourd’hui, beaucoup pensent qu’ils n’ont rien à attendre de la justice. Alors ils font tout exploser. Bizarrement, la colère puis la violence, c’est parfois le seul moyen d’aboutir au dialogue.
Rocco : Nous sommes toujours prêts au dialogue. Mais avec ceux qui le veulent vraiment. Avec les quelques meneurs qui manipulent les autres, il n’y a rien à faire.

Etes-vous inquiets ?
Almamy : Je le dis souvent. Pour moi, Clichy et Villiers-le-Bel ce n’étaient que des étincelles.
Rocco : Effectivement, les émeutes qui ont suivi le drame de Clichy ne seront rien à côté de ce qui se prépare si on ne change pas quelque chose. La délinquance des mineurs explose. Quand je suis entré dans la police, on ne se faisait pas tirer dessus à l’arme de guerre.

Pourquoi les clichés ont-ils la vie si dure ?
Almamy : C’est vrai des deux côtés. Mon rôle, c’est d’expliquer aux jeunes comment réagir par exemple à un contrôle d’identité. Sans s’énerver.
Rocco : La police n’a pas d’a priori. Il y a des cas isolés, des collègues qui ont des comportements inapropriés, il faut les sanctionner. Mais le mieux serait que l’administration incite les policiers à rester dix ou quinze ans au même endroit. Comme ça, les anciens encadreraient les jeunes qui sortent de l’école et se retrouvent bombardés dans des quartiers difficiles. Nous avons besoin de modèles.
Almamy : Nous avons aussi besoin de bons modèles. Pas seulement des artistes ou des sportifs. Mais surtout pas des héros de films de gangsters.
Rocco : Quand je vois que beaucoup prennent exemple sur Tony Montana, le héros de « Scarface », je leur dit juste qu’il a mal fini...
Almamy : On ne braque pas assez les projecteurs sur ceux qui s’accrochent et réussissent en travaillant. Sur le terrain, ceux qui transpirent ne voient jamais rien arriver... C’est comme l’école, où les jeunes n’apprennent plus le civisme et toutes ces thématiques qui leur permettent de se construire. Le respect, ça commence aussi là.
Rocco : La solution n’est pas seulement dans les mains de la police. Elle appartient à la famille, à l’Education nationale, aux associations et aux élus.

Source : Le Parisien

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